Réponse de Laurent Marcangeli – Avà Basta

Aurez-vous à cœur de faire de votre municipalité un modèle de bien vivre et faire ensemble ?

Les Villes ont un rôle clé à jouer dans la lutte contre le racisme, car elles sont les institutions les plus proches de la population. Elles sont en capacité de trouver des solutions concrètes et de répondre aux besoins les plus directs. Certaines villes en Europe ont d’ores et déjà fait adopter en conseil municipal un plan d'actions local contre toute forme de discrimination. En réunissant citoyens et associations, fonctionnaires municipaux, experts et universitaires, il me semble tout à fait envisageable de construire une telle politique, avec des mesures concrètes, basées sur une méthode préventive.

Êtes-vous prêts à condamner, avec nous, tous les actes ou propos racistes ?

Même si les auteurs sont des militants ou sympathisants de vos partis politiques !

Encore plus s’il s’agit de personnes supposées représenter mes valeurs !

Je ne cesserai jamais de condamner, catégoriquement, les propos et/ou comportements racistes. Au sein « d’Ajaccio ! Le Mouvement », notre politique interdit tout agissement qui tenterait d’harceler, d'intimider ou de réduire au silence la voix d'une autre personne et nous prendrions des mesures très sévères si des infractions étaient constatées.

Quelle est votre position vis-à-vis des employeurs esclavagistes qui emploient des sans-papiers en les sous-payant, en les mal-logeant, en les maltraitant ?

Embaucher une personne étrangère et lui permettre de travailler en France, c’est possible, en étant patient et rigoureux. Les démarches pour espérer obtenir une autorisation de travail sont parfois longues et contraignantes, mais rien ne peut justifier d’exploiter une femme ou un homme, quelques soient ses conditions de vie. Heureusement, la plupart des employeurs sont responsables et se comportent correctement vis-à-vis de leur personnel.

Pourrons-nous, en cas de constats de racisme avéré, faire appel à la solidarité et à la condamnation, sans réserve, de votre Conseil municipal ?

Vous pourrez compter sur le soutien unanime de mon Conseil municipal.

Quelle est votre position sur les dérogations à la carte scolaire ? Carte scolaire rempart contre les ghettos et le communautarisme ?

Motivés par la recherche du meilleur établissement possible pour leur enfant, de plus en plus de parents développent des stratégies pour s’extraire de la carte scolaire. C’est un souci légitime qui pose néanmoins quelques problèmes. Choisir l’établissement qui correspondra le mieux aux besoins de son enfant est une liberté fondamentale. Mais le faire « par rejet » d’un autre établissement ne peut pas être une raison suffisante. Ce qui compte le plus pour réussir, ce sont la qualité des professeurs et d’être entourés de camarades, quel que soit leur origine ou leur milieu social.

Quelle est votre philosophie pour lutter contre le développement du communautarisme ?

À l’échelle nationale, s’il l’on se réfère au grand plan de lutte contre le communautarisme annoncé par Emmanuel Macron, l’état des lieux est particulièrement alarmant. Le Président de la République souhaite notamment conditionner l’octroi de subventions publiques aux associations à la signature d’une charte qui les engage à respecter les valeurs républicaines. Frapper le communautarisme à ses racines, c'est évidemment une bonne manière de prendre le problème à la base et d'éviter qu'il se déploie. Malheureusement, c’est déjà le cas dans certains quartiers. Dans un contexte national et international de fortes tensions, l'urgence à agir devient pressante. Le dispositif "Cités éducatives", le recrutement de 1000 "adultes-relais" supplémentaires dans les quartiers en difficulté et le financement de 750 postes de coordinateurs associatifs sont des mesures qui méritent d’être expérimentées sur le terrain pour espérer faire reculer le séparatisme.

Quelle est votre lecture de la définition de la laïcité ?

La laïcité garantit la liberté de conscience. Elle implique la neutralité de l’État et des collectivités et impose l’égalité de tous devant la loi, sans distinction de religion ou conviction. La neutralité s’applique dans la sphère publique. La liberté religieuse relève du domaine privé.

Néanmoins, nous ne confondons pas « laïcisme » et « laïcité » ; nous ne laisserons pas Ajaccio tendre vers une sorte de neutralité qui cèdera une place privilégiée aux extrémismes religieux et de tous bords, plutôt que de favoriser le vivre-ensemble dans le respect des traditions individuelles. Cela reviendrait à renier les fondements de notre République et de notre histoire : je ne peux m'y résoudre. C’est pourquoi, par exemple, la crèche de Noël est installée chaque année dans le hall de l'Hôtel de Ville. Ceci traduit notre volonté de faire perdurer une tradition séculaire, qui ne s'oppose en rien aux principes de laïcité auxquels nous sommes profondément attachés.

Quelle votre réflexion concernant l’immigration économique ?

Seuls 13 % des titres de séjour, délivrés à des étrangers l’an dernier, l’ont été pour des raisons économiques. Le premier motif de délivrance d’un titre de séjour est familial. 150 000 emplois ne trouvent pas preneur chaque année, alors que plus de 5,5 millions de personnes sont inscrites à Pôle emploi. Dans une même région, il peut y avoir du chômage et des emplois vacants, car l’offre de main-d’œuvre ne coïncide pas forcément avec la demande. Omniprésente dans le débat public, il y a très peu de consensus sur l'analyse de l’immigration économique. La question de l'immigration est sans cesse présentée, sans doute à tort, comme un conflit opposant les intérêts des migrants à ceux des Français, une sorte d’arbitrage à faire entre notre économie et notre humanisme. Si nous voulons un débat constructif, donnant naissance à des propositions équilibrées, humaines et efficientes, nous devons poser les termes du débat avec l'honnêteté intellectuelle requise.

Quelle est votre position concernant l’accueil de réfugiés ?

Le nombre de personnes déplacées à cause des guerres et persécutions n’aura jamais été aussi important. En 2018, plus de 70 millions de personnes étaient dans cette situation selon un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). L’essentiel de la progression s’explique par la guerre en Syrie qui à partir de 2012 a fait exploser les chiffres.

Il s'agit d'abord d'un problème européen : il faut organiser l'accueil des migrants et faire preuve d'humanité, mais il faut aussi éviter aux riverains d'avoir à subir des campements sauvages. Si la question des mineurs non accompagnés occupe une place de premier plan, celle des familles, notamment avec de jeunes enfants, est peu prise en considération.

À ce jour, Ajaccio n’est pas un point d’entrée direct des familles de migrants. En revanche, les dispositifs « Français Langue Étrangère » (FLE) fonctionne à travers les établissements scolaires. À ce titre, l’Office Intercommunal du Tourisme a récemment participé à la découverte de notre ville pour les enfants issus de ces structures afin de les aider à s'intégrer.

Nous prônons la nécessité de construire des articulations plus étroites entre les secteurs de la petite enfance et de l’accueil des migrants. L’objectif est d’offrir des conditions de vie dignes à ces familles, de veiller à leur bonne orientation administrative et favoriser leur insertion.

Quelle est votre lecture de la Convention de Genève sur les Réfugiés ? Pensez-vous qu’elle est respectée dans son essence même ?

Très récemment, de violents incidents ont été perpétrés par les autorités grecques à l’encontre de demandeurs d'asile aux frontières de la Turquie : des patrouilles frontalières grecques ont brutalisé des civils, des